Temple ou sanctuaire ?

Todai-ji-temple-Nara

Pour avoir la réponse à cette question, il faut tout simplement avoir à l’esprit que le Japon abrite deux religions principales : le Bouddhisme et le Shintoïsme.  Ce dernier est beaucoup moins connu en Occident, et le profane aura tendance à penser que les japonais sont tous bouddhistes. Ceci s’explique par le caractère intrinsèquement japonais du shinto : il n’existe que sur l’Archipel.

En effet, animiste et polythéiste, le Shinto (神道) est la plus vieille religion connue du Japon (en excluant le koshinto, « l’Ancien Shinto », pratiquée il y a des milliers d’années durant l’ère Jōmon – 縄文時代- par les premiers habitants du Japon, et dont un héritage se retrouverait aujourd’hui dans la religion des Aïnous d’Hokkaido et la religion des Ryūkyū à Okinawa). Le Shinto, ou « la Voie du Divin », déifie et sacralise la Nature, les animaux, et certains personnages importants. Ainsi, une rivière, une cascade, ou un simple rocher peuvent abriter une divinité ou un esprit : ce sont les kami (). Il y aurait aujourd’hui 90 millions de shintoïstes au Japon.

Le Bouddhisme, originaire d’Inde et ayant pour aboutissement la quête de l’Éveil, est arrivé sur l’Archipel par le biais de la Chine et de la Corée à partir du VIe siècle. Adopté dès lors par de puissants clans japonais, le Bouddhisme se développa rapidement. Aujourd’hui, il y aurait 89 millions de bouddhistes au Japon….

Ainsi, pour revenir au sujet de l’article, un sanctuaire sera inévitablement shinto, et un temple sera bouddhiste. Comment les reconnaitre ? Facile : le sanctuaire shinto débute par un torii (鳥居), un portique rouge qui matérialise la limitation entre espace sacré et espace profane. Tandis que pour le temple bouddhiste, l’entrée se fait sous une porte couverte (mon -門), parfois gigantesque et abritant de part et d’autre deux statues protectrices des lieux. Ensuite, un sanctuaire se compose le plus souvent de deux bâtiments (le Honden où l’esprit du kami demeure, et le Haiden où se déroulent les cérémonies religieuses), tandis que les temples peuvent être de véritable complexe de plusieurs édifices dont les fameuses pagodes.

…… Attendez une petite minute ! … Hein ? 90 millions de shintoïstes + 89 millions de bouddhistes = 179 millions de personnes, mais le Japon compte 127 millions d’habitants !.. Ceci s’explique par l’importance historique du Shinbutsu konkō (神仏混淆), textuellement  « syncrétisme des kami et bouddhas », soit un mélange shinto/bouddhisme qui se développa au fil des siècles. Ainsi de nos jours, un même japonais pourra prier les kami au Nouvel An, […se marier dans une (fausse) église chrétienne…] et avoir un enterrement selon la tradition bouddhiste. Ainsi, certains sanctuaires peuvent présenter des caractéristiques bouddhiques, et vice versa.

Du coup, pour ne pas se tromper : en plus de cet aspect architectural, la distinction sanctuaire/temple se fait du point de vue vocabulaire :

  • Les noms des sanctuaires shintos se termineront généralement par le suffixe –jinja 神社 (ex : Shimogamo-jinja), parfois -gū 宮 (ex : Tōshō-gū), ou encore -taisha 大社 (ex : Fushimi Inari-taisha).
  • Pour les temples bouddhistes : -dera 寺 (ex : Kiyomizu-dera), ou -ji 寺 (Kinkaku-ji).

Maintenant, plus aucune raison d’employer le terme « temple » à tort et à travers !

Sanctuaire Shimogamo