Baleines Plainte contre le Japon

L’Australie a porté plainte devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) pour mettre un terme à la pêche à la baleine pratiquée par le Japon dans l’Antarctique, ont annoncé mardi des responsables japonais.

“Nous avons été informés que l’Australie avait déposé une plainte auprès de la CIJ à propos de la pêche à la baleine scientifique. Nous allons discuter de la façon d’y répondre”, a déclaré un responsable de l’Agence japonaise des Pêcheries.

“Je pense que c’est extrêmement regrettable”, a déclaré Hirofumi Hirano, porte-parole du gouvernement. “Le gouvernement japonais va traiter cette affaire de façon appropriée, en nous appuyant sur notre position.”

Le Japon pêche chaque année plusieurs centaines de baleines au nom de la “recherche scientifique”, approuvée par la Commission baleinière internationale (CBI) qui interdit en revanche la chasse commerciale depuis 1986.

“Nous allons étudier notre stratégie concernant cette plainte. Les détails n’ont pas encore été décidés”, a déclaré à l’AFP un responsable du ministère japonais des Affaires étrangères. Vendredi dernier, le ministre australien chargé de la Protection de l’Environnement, Peter Garrett, avait annoncé que l’Australie allait porter l’affaire devant la Cour de Justice de La Haye. “Nous voulons faire cesser la chasse aux baleines tuées au nom de la science dans l’Antarctique”, avait-il promis.

Le ministre australien des Affaires étrangères, Stephen Smith, a estimé la semaine dernière que l’action judiciaire n’affecterait pas les relations avec le Japon, premier marché à l’export de l’Australie.

Les autorités japonaises affirment que la chasse à la baleine est une tradition culturelle ancestrale, un argument rejeté notamment par les militants de l’association de défense de l’environnement Sea Shepherd et son fondateur canadien Paul Watson qui harcèlent chaque année les activités de la flotte japonaise dans l’Antarctique. Le procès d’un militant néo-zélandais de Sea Shepherd se déroule actuellement à Tokyo.

Peter Bethune est accusé d’avoir blessé au visage un jeune marin japonais en jetant une flasque d’acide butyrique (beurre rance) en février contre le baleinier Shonan Maru 2 dans les eaux de l’Antarctique. Il a reconnu s’être introduit illégalement à bord de ce baleinier, mais rejette l’accusation de “coups et blessures”. Le militant risque jusqu’à 15 ans de prison.

Les campagnes de harcèlement des écologistes obtiennent toutefois des résultats: cette année, les pêcheurs japonais, qui avaient l’intention de tuer 850 baleines de Minke, ne sont revenus qu’avec 507 cétacés.

Tokyo affirme que la chasse à la baleine est nécessaire pour les recherches scientifiques, car elle aide les chercheurs à contrôler la population des cétacés et à étudier le comportement des bêtes, et qu’en outre, la vente de viande de baleine permet de financer des programmes scientifiques. Or, les écologistes sont persuadés que la chasse à la baleine au Japon n’a rien à voir avec les activités scientifiques.

Il n’y a pas non plus de raisons économiques manifestes pour chasser les baleines, cette occupation financée par l’Etat n’étant pas économiquement rentable. Politiciens et bureaucrates refuseraient tout simplement d’arrêter cette pratique à cause d’un puissant lobbying effectué par les chasseurs de baleines. Selon Grigori Tsedoulko, collaborateur de la filiale russe du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW en anglais), les Japonais ont toujours estimé que personne ne pouvait leur dicter leur comportement, d’autant moins dans leurs eaux territoriales. C’est pourquoi Tokyo considère comme une “affaire d’honneur” la lutte pour récupérer le droit de chasser les baleines”.

Mais à quoi bon tuer les baleines à notre époque ? Il n’existe pas de raisons d’ordre civilisationnel pour justifier un tel atavisme. Il existe depuis longtemps des alternatives à l’huile de baleine, de même qu’à l’ambre gris et à la chair de baleine, utilisée essentiellement dans la fabrication d’engrais. La Commission baleinière internationale délivre tout de même, de temps à autre, des quotas aux petits peuples du Grand Nord russe et de l’Alaska, en Amérique, pour lesquels la chasse à la baleine représente une occupation traditionnelle. Mais ces peuples-là utilisent des procédés ancestraux qui ne portent aucun préjudice à la nature.

Le XXe siècle a battu tous les records quant à l’extermination des baleines :

Le boom industriel, le développement de la construction automobile et de l’aéronautique ont dopé l’utilisation de l’huile de baleine à des fins de lubrification, nécessitant annuellement 12 000 tonnes de cette matière. La parfumerie ne pouvait pas se passer du blanc de baleine et de l’ambre gris, l’industrie de la mode avait besoin des fanons et des os de baleines pour fabriquer des corsets, et les cuisines orientales s’évertuaient à préparer des plats à base de chair de baleine. 2,4 millions de baleines ont été chassées dans l’océan mondial entre 1910 et 1979. L’envergure sans précédent de ce carnage a donné un résultat inouï: ces mammifères marins, dont l’histoire a plus de 60 millions d’années, ont été menacés d’extinction.

La persécution barbare de ces géants océaniques a été partiellement suspendue en 1946, lorsque 18 pays ont organisé la Commission baleinière internationale (IWC). La première chose qu’a faite cette institution a été d’interdire la chasse aux femelles qui allaitent et aux bébés baleines de toutes espèces. Parallèlement, elle a interdit de chasser les baleines franches, grises et bleues, et par la suite les baleines à bosse, les rorquals communs et les rorquals boréals. Néanmoins, ces mesures ont été insuffisantes pour rétablir la population des cétacés, et, en 1986, la chasse commerciale à la baleine a été totalement interdite. Les licences étaient délivrées uniquement pour la capture de certains individus à des fins scientifiques. Le Japon considérant les baleines comme un simple “poisson” et non comme sommet de la pyramide écologique de l’océan, ce pays a été le seul à pouvoir jouir largement de cet avantage.

Il est impossible de prédire quelles seraient les conséquences de la mise en oeuvre du “mauvais scénario”, qui suppose une disparition définitive des baleines de notre planète. Mais une chose est claire : lorsqu’un maillon de la “chaîne d’or de la vie” se perd, la vie devient déficiente et vulnérable.