Yonigeya organisateurs d’évasions nocturnes

Fuir ses problèmes n’a rien de très original. Payer un professionnel pour disparaître de la circulation l’est davantage. Au Japon, les « yonigeya », ou “organisateurs d’évasions nocturnes”, aident les débiteurs harcelés par des usuriers à échapper aux mafiosi locaux. Ces maîtres de l’évasion à la fois détectives privés, déménageurs et psychiatres gagnent entre 2 000 et 20 000 dollars par mission, selon la distance, le risque et la complexité de l’affaire.

La “disparition” commence généralement par un coup de téléphone du client potentiel. Après avoir fixé les détails et le tarif de l’opération, les « yonigeya » conviennent d’une rencontre pour évaluer la gravité de la menace, inspecter le quartier et l’appartement, et dresser la liste des objets personnels à déménager.

Dans les cas extrêmes où les clients sont déjà surveillés de près par des mafieux, les « yonigeya » se font passer pour des laveurs de carreaux ou des marchands de tatamis afin d’opérer sans éveiller les soupçons.

La plupart des Japonais qui souhaitent prendre la tangente sont en effet criblés de dettes : ils cherchent à se soustraire à leurs usuriers. Ceux-ci sont en cheville avec le « boryokudan », la mafia nippone qui s’attaque aux plus faibles et aux plus désespérés. Les « yonigeya » vérifient la crédibilité de l’histoire de leur client et refusent les missions qui leur semblent hasardeuses. Il n’existe aucune statistique sur le nombre de « yonigeya » opérant au Japon, mais ils seraient plusieurs dizaines. Tous affirment travailler dans le respect des lois, mais un flou juridique subsiste autour de certaines de leurs activités. La grande majorité de leurs clients étant endettés jusqu’au cou, ils se font payer d’avance et certains fugitifs contractent un nouvel emprunt pour financer leur évasion.

Il faut sept à dix jours pour préparer une opération. Le client ne doit laisser filtrer absolument aucun indice de sa fuite. De leur côté, les « yonigeya » se renseignent sur ses créanciers et choisissent le moment le plus opportun pour la cavale.

Hiroyuki Ono, de la société Agent Express, privilégie les évasions nocturnes, car la loi n’autorise pas les créanciers à contacter leurs débiteurs après 20 heures. Hatori préfère la fin de matinée, à l’heure où les voisins sont sortis faire leurs courses, où les commerçants font leurs livraisons et où les éboueurs ramassent les poubelles, faisant ainsi diversion. Continuer la lecture de « Yonigeya organisateurs d’évasions nocturnes »