Les plongeuses apnéistes

 

Au Japon, la plongée en apnée est traditionnelle. Elle est réservée aux femmes, les hommes s’occupant de la pêche en haute mer. Les plongeuses, appelées ama (海女, littéralement femme de la mer), pêchent une dizaine d’espèces de mollusques dont les ormeaux (アワビ, awabi) ainsi que des algues. Autrefois, elles pêchaient également les perles, mais celles-ci sont maintenant cultivées. Les ormeaux doivent avoir une coquille d’au moins 10,6cm pour pouvoir être récoltés, afin de protéger les populations.

 

 

L’ancienne province de Shima (actuelle préfecture de Mie) est la région qui compte le plus d’ama. L’âge moyen des ama est de 60 ans. Certaines ama continuent de plonger à près de 80 ans. Peu de jeunes prennent la relève et cette activité tend à disparaître. Dans les années 50, beaucoup d’ama ont accepté un emploi stable dans la perliculture.

 

Les ama portent une combinaison de plongée recouverte d’un vêtement en tissu blanc pour repousser les requins et les mauvais esprits. Elles portent également un voile sacré plié de façon bien précise. Avant de plonger, elles demandent au dieu de la mer de les protéger.

 

 

Les ama ne plongent que 3 heures par jour (1h30 le matin et 1h30 l’après-midi) de mars à septembre pour éviter la surpêche des mollusques. Elles sifflent pour favoriser l’hyperventilation avant de plonger en apnée. Les japonais appellent cela la mélodie de la mer. Elles  descendent entre 5 et 15 mètres de profondeur pendant 1 minute 30 secondes. Elles font une soixantaine d’allers-retours en 1h30. Elles plongent en moyenne 90 jours par saison. Au début de la saison de pêche, chaque ama implante sur les fonds marins 400 jeunes ormeaux d’élevage afin de contrer les effets de la pollution et de la surpêche sur les populations. Il leur faudra 4 ans pour atteindre l’âge adulte. Pendant la saison de pêche, les ama se réunissent pour fêter l’imashi. C’est une fête rituelle durant laquelle elles mangent des haricots noirs et boivent du sake, censés leur donner de la force.

 

Les dangers du métier sont nombreux : courants marins, requins, bateaux à moteurs, ficelle rattachant l’ama à sa bouée-panier… Beaucoup d’ama ont perdu la vie en mer. Le capitaine du bateau garde toujours un œil sur le groupe d’ama en plongée. C’est le capitaine qui décide s’il emmène les ama en mer ou non, en fonction du temps et de la force des courants marins.

 

Après la pêche, elles vont dans l’amagoya (la maison des ama) pour manger, se reposer et se réchauffer autour d’un feu. Les ama sont un peu comme une grande famille : elles s’entraident et se soutiennent mutuellement. Les produits de la pêche sont revendus dans une coopérative. Il est en effet interdit aux ama de revendre elles-mêmes le produit de leur pêche.

 

 

Les ama ont été immortalisées sur des estampes (ukiyo-e) dont celle de Kitagawa Utamaro ci-dessus. Il y est aussi fait allusion dans le film de Lewis Gilbert de 1967 « on ne vit que deux fois », cinquième opus de la série des James Bond, avec le personnage de Kissy Suzuki.