Le karōshi : la mort par surmenage au Japon

Au Japon, le terme karōshi (過労) fait référence aux morts liées à l’épuisement au travail. Le karōshi est reconnu comme maladie professionnelle par les autorités japonaises depuis 1989.   Réel problème de santé publique, cette mort par surmenage cause 200 décès chaque année. Mais ces chiffres ne représentent que la pointe de l’iceberg… Le karōshi est un phénomène de grande ampleur, peu visible et dont on parle peu. Il toucherait en fait plusieurs milliers de salariés japonais chaque année, tandis que des centaines de milliers de personnes seraient « à risque ».

D’après un rapport publié l’année dernière, 22,7% des entreprises japonaises admettent qu’une partie de leurs employés font plus de 80 heures supplémentaires chaque mois. C’est plus d’un salarié japonais sur cinq ! Plus inquiétant encore, ces 80 heures supplémentaires sont considérées comme le seuil officiel à partir duquel le surmenage présente un risque pathologique, et notamment un risque suicidaire.
Au Japon, la surcharge au travail s’explique plus par les moeurs sociales que par un réel besoin financier. C’est même parmi les salariés les mieux payés, notamment ceux qui gagnent plus de 80 000 euros par an, que le karōshi fait le plus de victimes.

Dans l’entreprise japonaise, on a tendance à penser que la qualité professionnelle se mesure par le nombre d’heures. Ainsi, plus le salarié passe du temps au travail, plus il est sera perçu comme engagé et dévoué à la réussite de l’entreprise, même s’il en souffre au point de se tuer…De plus, si un salarié quitte son poste avant son supérieur, ce geste risque d’être mal vu par ses collègues, ce qui explique aussi pourquoi les japonais font tant d’heures.

On constate que la majorité des japonais n’osent pas profiter des vacances auxquelles ils ont droit, parce qu’ils se culpabilisent de se reposer lorsque leurs collègues travaillent à leur place. En effet, selon un rapport du gouvernement, si les japonais (d’au moins six ans d’ancienneté) peuvent théoriquement bénéficier de 20 jours de congés par an, ceux-ci n’en prennent que la moitié…Depuis peu, le gouvernement japonais et les entreprises tentent d’instaurer des mesures pour contrer l’épuisement professionnel et le karōshi. Par exemple, la campagne « Premium Friday », lancée le 24 février 2017, incite les salariés à quitter le travail à 15h00 le dernier vendredi de chaque mois. Le premier ministre, Shinzo Abe (安倍 晋三) s’est ainsi autorisé une après-midi détente : il est allé méditer dans un temple de Tokyo avant de se rendre à un concert… en espérant que cela encourage les salariés japonais à prendre du temps pour eux.