Ikebana

Si la culture japonaise vous intéresse vous devez déjà avoir entendu parler de l’Ikebana. Mais savez vous exactement ce que c’est ?

Le mot Ikebana (生花) ou Kadô (la voie des fleurs – 華道) vient du japonais «ikeru 生ける» qui signifie «faire vivre», et de « hana » qui signifie «fleur». L’Ikebana est l’art japonais de la composition florale, un art dans lequel la disposition des éléments du bouquet est réglée par une symbolique précise. Au delà de la recherche d’un certain esthétisme, l’Ikebana demande une certaine concentration, dans le but de s’unir à ce que les Japonais appellent «le cœur des fleurs». Il est à noter que au Japon l’étude de l’Ikebana est pris très au sérieux, et qu’ils peuvent commencer à l’étudier dès le plus jeune âge, la parfaite maitrise de l’Ikebana demande des années de pratique.

ikebana a tous les ages

Il est important de prendre en compte l’aspect extérieur de votre œuvre, en jouant avec les couleurs, la courbe, les formes, la matière, l’espace. Du choix de vos plantes jusqu’au vase, il vous faut visualiser votre création pour marier équilibre et harmonie. L’Ikebana est directement relié à votre caractère, alors laissez le s’exprimer.

Depuis peu, cette discipline suscite un grand intérêt à l’international. Au-delà de la conception d’un arrangement floral: lorsque l’on pratique l’Ikebana, on comprend combien le dialogue avec les végétaux amène à la connaissance de soi-même, et que la concentration demandée pour l’élaboration d’un bouquet engendre le calme et la sérénité chez la personne qui créé l’œuvre.

Le Japon a reçu l’art floral de la Chine au début du 6ème « siècle » et été réservé exclusivement aux hommes. Avec le bouddhisme les ambassadeurs japonais ramenèrent cette discipline par la coutume des offrandes florales appelé «Kuge 供花» en japonais.

Exemple de Kuge
Exemple de Kuge

Les compositions florales de l’époque ne portent pas encore le nom d’’Ikebana et cet art en devenir n’est pas encore codifié. Le terme alors employé est celui de Mitsu-gusoku (三具足 terme bouddhique dont la composition utilisé 3 instruments pour le culte: un vase, un bruleur d’encens et un porte bougie, que l’on dépose souvent devant les 3 Hotoke (divinités bouddhistes, à savoir Amida-nyorai (Amithaba) toujours placé au centre au centre, Kannon-bosatsu à sa gauche et Seishi-bosatsu à sa droite ) ou devant une image bouddhique).

mistu gusoku et bouddha

En 607 Ono no Imoko à son retour d’une ambassade en Chine a importé un nouveau style de Mitsu-gusoku. La composition florale offerte au Bouddha est alors élaborée à l’aide de 3 fleurs seulement, une haute et deux plus basses. Nous avons là l’origine du premier bouquet vertical, nommé Tatebana (立花), qui donna plus tard 2 autres style: le Rikka (立花) et le Shôka (生花).

Rikka
Rikka
Shôka
Shôka

Suite à l’occidentalisation du Japon au 17ieme siècle, la pratique de l’Ikebana se démocratise. L’art floral, réservé jusque là aux hommes, fut appris par les femmes à l’école, au même titre que la cérémonie du thé et la calligraphie, en vue de se marier. Ohara Unshin (小原雲心 1861 – 1914) fut le premier a utiliser des fleurs en provenance d’occident pour ses compositions d’Ikebana et fondera par la suite l’école Ohara qui donnera naissance à un nouveau style appelé Moribana (盛り花).

Le style Moribana, crée une nouvelle forme de liberté dans l’arrangement floral. C’est un style que l’on peut apprécier quel que soit son emplacement et qui peut être adapté à la fois aux situations officielles (cérémonies) qu’aux situations non formelles.

Moribana
Moribana

L’Ikebana est encore aujourd’hui essentiellement pratiqué à la maison souvent en relation avec le Tokonoma «床の間». Le Tokonoma dans les maisons japonaises est une pièce traditionnelle une sorte de petite niche de faible profondeur et au planché légèrement surélevé, destiné à recevoir un élément décoratif.

Tokonoma
Tokonoma

Au 18ème siècle le nombre d’élèves pratiquant l’Ikebana augmente considérablement, les écoles se multiplient, les fleurs entrent dans les maisons, couvrent les kimonos et les paravents, ce qui amène en 1920, un nouveau style d’arrangement floral: le Jiyubana «自由花». Refusant la référence originelle bouddhique et les codifications traditionnelles, les jeunes révolutionnaires entendent prendre leurs distances à l’égard des artistes floraux du passé. Leur cri de guerre était alors : “Sortez l’ikebana du Tokonoma !”

De nos jours on dénombre un grand nombre d’écoles et de styles différents d’Ikebana. Les trois grandes écoles qui dominent le paysage japonais et mondial sont: Ikenobô: qui enseigne le Rikka et le Shôka; Ohara-ryû : école créée en 1895 par Ohara Unshin et enseigne le Moribana et Sôgetsu-ryû: école créée en 1927 par Teshigahara Sôfu (1901 – 1979). Elle enseigne une forme moderne d’Ikebana utilisant des matériaux ne se trouvant traditionnellement pas dans les compositions classiques (écorces…).

Cet art peut sembler compliqué à aborder la première fois, mais je vous recommande de participer à un cours découverte pour vous faire votre propre idée de cette discipline.

L’Ikebana s’est implanté un peu partout en France, cela peut être une bonne occasion pour vous de découvrir une nouvelle passion.