La guerre et les Japonais, 60 ans après l’indépendance – partie 3 –

 

 La photo montre M. Shuichi Kato (加藤周一, 1919-2008), polémiste libéral connu au Japon. Il s’était spécialisé dans les beaux arts et l’actualité. Il a également lutté contre la révision de l’article 9 de la Constitution japonaise. Lors du récent rangement de la bibliothèque de l’université Ritsumeikan à Kyoto, ses cahiers, méconnus, ont été retrouvés.

 

Ils sont remplis de notes manuscrites, au stylo ou au crayon, datant de ses années de médecine à l’Université impériale de Tokyo, entre 1937 et 1942. À 22 ans, au début de la guerre, il y écrit : « Le gouvernement de notre pays a déclaré la guerre. Qui a commencé ? Pourquoi ? ». Sa colère, qu’il ne pouvait exprimer à haute voix à l’époque, apparaît ici en filigrane.

 

Après le début de la guerre, il a aussi dépeint une scène dans un train, où des gens se plongeaient dans la lecture de journaux : « La presse n’informe que d’une seule chose » ; « Nous devons nous attendre à des tirs ou à la famine, mais pas à des nouvelles ». Des messages critiques contre les médias se trouvent dans ces passages. Avec une perspicacité transcendante pour son jeune âge, M. Kato épanchait son cœur, observant les événements d’alors, censurés par la presse.

 

Comme trente ans équivalent à une génération, il y a exactement deux générations ou soixante ans, le 28 avril 1952, que le Japon a regagné son indépendance après la défaite. Ce jour-là, le pays a intégré la communauté internationale, suite à l’entrée en vigueur des traités de Paix de San Francisco et de sécurité nippo-américain. Cette année, la troisième génération fait ses premiers pas.

 

 

Les deux traités ont édicté ce que serait le Japon d’après-guerre : renonciation de territoires, immixtion de l’Occident dans sa gérance et acceptation de la justice militaire, qu’on appelle jugement de Tokyo. En outre, ce même jour, la préfecture d’Okinawa fut mise sous la souveraineté des Etats-Unis. La photo ci-dessus a été prise en 1978 et le panneau de signalisation indique : « à partir du 30 juillet, les voitures roulent à gauche ». Bien qu’elle fête son quarantième anniversaire de rétrocession le mois prochain, les problèmes que pose cette base militaire restent nombreux. L’histoire du Japon d’après-guerre a commencé il y a soixante ans, avec ses aspects positifs et négatifs.

 

Le Japon s’est reconstruit et est devenu un pays riche et pacifique durant ces deux dernières générations. Nous ne pouvons qu’admirer les efforts de nos prédécesseurs. Cependant, notre pays se trouve à un carrefour important : instabilité politique, difficultés économiques et baisse de la natalité entraînant un vieillissement de la population. Et s’ajoute maintenant à ça les problèmes qui n’avaient jamais été envisagés, comme l’accident de la centrale nucléaire et la réforme de notre société dépendante de l’énergie. Notre avenir n’est pas clair car le régime s’essouffle.

 

Il est normal que ces soixante dernières années pointent des failles dans le système national. Nous devons tous réfléchir à ce que doit être le Japon de demain.

Les Japonais fêtent les défunts au mois d’août, comme les Français à la Toussaint. Lors de la défaite de 1945, nos aïeux avaient estimé qu’il faudrait 70 ans pour rétablir le pays. Aujourd’hui, qui va sauver les sinistrés du Tohoku des décombres du séisme ? Nous, bien sûr.

 

* L’article 9 de la constitution japonaise dispose : « Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.

Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu. »

 

JSS