Chantons Furusato, espérons que les sinistrés regagnent leur terre natale

Onze mois ont passé depuis le grand tremblement de terre du Tohoku (東日本大震災). Saviez-vous que, désormais, les sinistrés utilisaient une chanson enfantine intitulée Furusato comme hymne ? : Furusato (故郷) veut dire petite patrie.

Le 11 mars 2011, le séisme a frappé le Japon alors même que le pays était déjà en difficultés du fait de la hausse du yen et de la déflation. Même si la reprise économique est observée en ville, ce n’est pas le cas en province, surtout à cause de la difficile possibilité d’augmentation de salaire. Les fonds et les jeunes talents convergeant vers la capitale, le déclin rural est difficile à enrayer. Après la catastrophe du 11 mars et la crise nucléaire qui a suivi, divers problèmes ont été mis en avant : le déclin des provinces, l’inefficacité des mesures proposées contre le chômage, l’insuffisance de la politique mise en place et le risque de chute excessive des prix qui entraîne la délocalisation des lieux de production. Le Japon se trouve à un tournant décisif de son histoire.

 

Ce qui donne du courage aux sinistrés obligés de fuir leurs ville et village natals, c’est la chanson intitulée Furusato. Elle a été créée à l’époque de Taisho (大正, 1912-1926) et était souvent chantée par des travailleurs migrants qui devaient quitter leur pays natal, et par les sinistrés aujourd’hui. Voici les paroles :

 

兎追ひし かの山   Usagi oishi kanokawa

小鮒釣りし かの川  Kobuna tsurishi kanokawa

夢は今も めぐりて  Yume wa ima mo megurite

忘れがたき 故郷   Wasure gataki furusato

 

如何にいます 父母  Ikani imasu chichihaha

恙なしや 友がき   Tsutsuganasiya tomogaki

雨に風に つけても  Ame ni kaze ni tsuketemo

思い出づる 故郷   Omoiizuru furusato

 

志を はたして    Kokorozashi o hatashite

いつの日にか 帰らん Itsunohinika kaeran

山は靑き 故郷    Yama wa aoki furusato

水は淸き 故郷    Mizu wa kiyoki furusato

 

Traduction (par JSS) :

Colline où je courais après les lapins

Rivière où je pêchais du carassin

Beaux rêves imprimés dans mon esprit

C’est mon inoubliable petite patrie, furusato

 

Où êtes-vous, mes parents,

Mes amis qui j’espère se portent bien

Chaque fois qu’il pleut et qu’il vente

Je me rappelle ma petite patrie, furusato

 

Je réaliserai entièrement mon rêve

Le jour où je rentrerai chez moi

Colline bleue, ma petite patrie, furusato

Rivière pure, ma petite patrie, furusato

 

 

À la fin de 2011, le gouvernement a annoncé qu’il allait réorganiser la « zone de rapatriment difficile (帰還困難区域)», étendue de 20km autour de la centrale nucléaire de Fukushima ainsi que deux villages et une ville situés au nord-ouest de la centrale (zone rosée en dehors du cercle de la photo ci-dessus). À cause de la radioactivité, les habitants originaires de ces lieux ne pourront pas rentrer chez eux avant au minimum cinq an.

 

 

Avec cet article, j’espère sincèrement que nos lecteurs n’oublieront pas que le Tohoku est une belle région. La photo ci-dessus montre une scène hivernale de Fukushima. Le courant chaud Kuroshio (黒潮) circule du Pacifique ouest vers le nord-est du Japon et a pour effet d’adoucir les températures en hiver, comme le Gulf-Stream en Europe. Les oiseaux migrateurs tels que les cygnes et les canards descendent donc hiverner dans cette région. Le Tohoku est une région pittoresque : Fukushima, Miyagi, Sendai, Iwate… Yanagida Kunio (柳田邦男), critique encyclopédique très connu au Japon, a dit : « Si on a son foyer dans son cœur, on peut retrouver son courage même si on se trouve dans la misère. ».

 

Après le grand tremblement de terre, une collégienne de 12 ans, qui a déménagé de Sendai (仙台, une ville dans la préfecture de Miyagi, dans le Tohoku) à Fushimi (伏見, au sud de Kyoto), a obtenu l’année dernière le prix d’excellence dans un concours de composition à Kyoto. Elle a écrit : « eau, gaz, électricité, maison, amis, famille et vie. On ne doit pas trouver naturel que toutes ces choses existent. » ; « jusqu’à hier, on parlait, travaillait, jouait et vivait, normalement, mais nombre de vies ont été ôtées en un instant », extraits laissant transparaître l’épreuve subie par cette jeune fille.

Ce jour-là, le monde s’est complètement transformé. Cette collégienne a ressenti que « les choses qui d’ordinaire semblaient exister naturellement, n’étaient en fait pas naturelles ». Cependant, elle écrit aussi qu’elle a découvert dans l’obscurité que « les étoiles sont très, très jolies ».

 JSS