Le tatouage au Japon

En Occident, le tatouage est un phénomène de mode, très répandu et qu’on affiche sans pudeur. Au Japon, c’est tout l’inverse.

Le tatouage a une connotation négative ; il est associé à la mafia ou tout simplement perçu comme ringard. En effet, aux yeux de la société japonaise, le tatouage n’est pas du tout « cool » mais témoigne au contraire d’un style médiocre.

Bref, le tatouage est très mal accepté au Japon. À l’entrée des bains publics (onsen), vous verrez d’ailleurs des panneaux interdisant l’admission aux personnes tatouées.

Dans le quotidien, il est vivement recommandé de couvrir vos tatouages afin de respecter les coutumes des japonais.

L’histoire du tatouage au Japon:

On appelle irezumi (入れ墨) l’art du tatouage japonais traditionnel. Il recouvre une large portion du corps, généralement tout le dos, le torse et les bras.

L’irezumi prend donc beaucoup de temps à réaliser, souvent plusieurs années.Dans ses motifs, on retrouve souvent la carpe Koï, qui symbolique la force et le courage, ainsi que des dragons ou autres créatures folkloriques.

Parmi les fleurs tatouées, on voit souvent le sakura, qui représente le caractère éphémère de la vie ; la chrysanthème qui symbolise la détermination ; et la pivoine qui représente la richesse. Continuer la lecture de « Le tatouage au Japon »

Le Mont Fuji


On l’appelle Fuji-san (富士山), Fujiyama ou tout simplement le Mont Fuji. Le célèbre volcan japonais se trouve au sud de l’île de Honshū, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Tokyo. Il culmine à 3776 mètres d’altitude, ce qui en fait le plus haut point du Japon.

Le Mont Fuji est non seulement un symbole national du Japon, mais aussi un lieu de culte et de pèlerinage et une grande source d’inspiration pour les artistes du monde entier.

D’ailleurs, il a été à ce titre inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO : « Fuji-san, lieu sacré et source d’inspiration artistique ».

Le mont Fuji serait né, il y a plus de 600 000 ans, de la formation successive de trois volcans qui se seraient rejoint au fil des éruptions. Il s’agit d’un volcan de type explosif, c’est-à-dire que ses éruptions dégagent des panaches de cendres et des nuées ardentes (et non pas des coulées de lave). Sa dernière éruption remonte à 1707, suite au tremblement de terre qui secoua le Japon le 28 octobre 1707. On la nomma l’éruption de l’ère Hōei (宝永大噴火)Aujourd’hui, le mont Fuji est toujours considéré comme un volcan actif, bien que le risque d’éruption soit jugé très faible.

Depuis le VIIème siècle, plusieurs croyances religieuses sont associées à Fuji-san.

Une légende Shinto raconte qu’un empereur japonais détenait un élixir d’immortalité, qu’il ordonna un jour de détruire au sommet du Mont Fuji. Ce serait l’origine de la fumée qui s’en dégage parfois. Continuer la lecture de « Le Mont Fuji »

Torii, le portail japonais vers le monde sacré

Un torii 鳥居 est un portail traditionnel qu’on trouve à l’entrée des sanctuaires Shinto (en japonais jinja 神社) . Le torii a une grande symbolique : c’est la porte d’entrée vers de monde des Kamis (), les dieux du Shintoïsme.

Ce portail délimite donc la frontière précise – qu’on nomme Kekkai en japonais – entre le monde profane et le monde sacré. C’est pourquoi lorsque vous entrez dans un temple Shinto, il vous faut franchir le torii une deuxième fois en sortant, afin de revenir dans le monde des humains. Si vous avez prévu de prendre une autre sortie, vous ne devriez pas passer sous le torii à l’entrée !

Il existe de nombreuses architectures de torii. La plus simple est constituée de deux piliers portant une barre horizontale. D’autres types de torii possèdent plus de piliers ou de barres, et ceux-ci peuvent aussi êtres courbés ou droits.Le torii est fait de pierre, de bois ou de bronze, et parfois recouvert d’une couche de peinture rouge vermillon, comme c’est le cas dans le célèbre sanctuaire Fushimi Imari Taisha (伏見稲荷大社) à Kyoto, qui en abrite plus de dix mille !Ce sanctuaire shintoïste, bâti en 711, est dédié au Dieu du l’agriculture et du riz, Imari. Dix mille toriis y sont alignés sur plusieurs kilomètres, et forment un tunnel dans lequel les visiteurs se promènent. La grande majorité de ces toriis sont en fait des dons de familles fortunées ou d’entreprises. Continuer la lecture de « Torii, le portail japonais vers le monde sacré »

Sakura et Samuraï

Historiquement, le symbole du sakura est aussi associé au code moral et éthique du samuraï (侍), qu’on appelle le Bushido (武士道) et qui signifie littéralement « la voie du guerrier ».

En effet, la vie du guerrier féodal était considérée comme belle et courte, à l’image de la floraison du sakura qui ne dure qu’une semaine. Le sakura représente ainsi la voie du guerrier, qui doit vivre et mourir en beauté pour son empereur.

Par la suite, lors de la Seconde Guerre mondiale, le sakura devint le symbole du sacrifice des soldats japonais pour leur nation. Approchant la défaite, en 1945, le vice-amiral Onishi Takijiro (大西 瀧治郎) lança une opération kamikaze de milliers de pilotes japonais. Le gouvernement, afin de motiver ses soldats, les encouragea à penser que leur âme se réincarnerait en fleur de cerisier. Le sakura décorait ainsi le flanc de leur avion ; et alors qu’ils décollaient pour leur mission suicide, le peuple japonais les saluaient avec des branches de cerisier.

Où sont les cerises des sakuras ?

Le sakura est un mot générique qui fait référence aux fleurs du cerisier à l’arbre lui-même. Il est emblématique du Japon, même si on trouve bien sûr aussi le cerisier en Occident.Une question flotte souvent dans l’esprit des visiteurs au Japon… Où sont les cerises des cerisiers ? S’ils resplendissent de leurs milliers de pétales roses, les cerisiers japonais semblent cependant être démunis de fruit.

En fait, les sakura japonais sont pour la plupart stériles ; ils ne donneront pas de cerise ! En effet, ceux-ci proviennent quasiment tous de boutures de mêmes branches. Cela fait plusieurs siècles que les sakuras sont cultivés au Japon en tant qu’arbres ornementaux, c’est pourquoi ils sont tous de la même génération.

Bien que le sakura ne donne pas de fruit, on le retrouve tout de même beaucoup dans la cuisine japonaise. On utilise en effet son arôme pour des pâtisseries et pour parfumer des plats en tout genre !

Takase-gawa, le canal pittoresque de Kyoto

La rivière Takase, appelée en japonais Takase-gawa (高瀬川), est un canal bordant la rue Kiyamachi (木屋町通), au coeur de Kyoto. Elle suit plus ou moins en parallèle le cours de la rivière Kamo-Gawa (鴨川).

Au printemps, Takase-gawa offre un cadre pittoresque, avec près de deux cents cerisiers en fleur le long du canal, de Shijō à Gojo. De plus, lorsque la nuit tombe, les illuminations installées par la ville de Kyoto mettent encore plus en valeur les sakuras. C’est un chemin très apprécié des visiteurs comme des locaux.

La construction de ce canal remonte à la période Edo, mais sa conception remonte même avant, pendant la période Sengoku. En effet, l’histoire commence en 1586 avec le noble Toyotomi Hideyoshi (豊臣秀吉), qui est considéré comme le deuxième grand unificateur du Japon (ci-dessous en photo). Celui-ci ordonna à Suminokura Ryōi (角倉 了以), l’un des plus riches commerçants de l’époque, de trouver un moyen d’approvisionner Kyoto. La capitale impériale était alors isolée, sans port, et manquait de pierre pour la construction de ses bâtiments.

Une vingtaine d’année plus tard, pendant la période Edo, le canal Takase est creusé, reliant Kyoto au port de Fushimi. Le projet fut entièrement financé par Suminokura Ryōi. Le canal devint fonctionnel en 1614 ; une centaine de  bateaux allaient et venaient alors le long de Takase, approvisionnant la capitale impériale en marchandises de toutes sortes. Ci-dessous une réplique des bateaux marchands utilisés à l’époque.

Le canal Takase-gawa contribua grandement au développement économique de Kyoto, jusqu’à ce qu’il fut mis hors service, en 1920.

Un moyen de transport d’origine japonaise : le pousse-pousse (rickshaw)

Le pousse-pousse est une petite voiture légère à deux roues, tirée par un homme, pour le transport d’une ou deux personnes. On l’appelle en anglais « rickshaw », dont le terme est en fait dérivé du japonais jinrikisha 人力車. Littéralement, la combinaison de jin (homme), riki (force) et sha (véhicule) signifie « véhicule à force humaine ».

S’il est certain que le pousse-pousse est originaire du Japon, il existe néanmoins plusieurs versions concernant son invention.

Une première version attribue l’invention au partenariat de trois japonais : Izumi Yosuke, Suzuki Tokujiro et Takayama Kosuke. Ils auraient introduit le pousse-pousse en 1869, inspirés par les calèches de Tokyo.

Selon une autre version, il aurait été inventé par un missionnaire américain du nom de Jonathan Scobie, qui vivait dans la ville de Yokohama. Celui-ci aurait imaginé le pousse-pousse comme un moyen de transport confortable pour sa femme handicapée.

Très rapidement, le pousse-pousse connu un énorme succès au Japon. Trois ans seulement après son invention, en 1872, il devint le mode de transport le plus populaire du pays, avec 40 000 véhicules en utilisation. À cette époque, la main-d’oeuvre humaine coûtait moins cher que les chevaux, utilisés en priorité par l’armée. C’est pourquoi le pousse-pousse était plus économique que la calèche.

À l’aube du XXème siècle, plus de 250 000 pousse-pousses arpentaient les rues des grandes villes japonaises !

Le Japon commença aussi à exporter au-delà de ses frontières, en Chine, en Birmanie et à Singapour. La popularité du pousse-pousse continua ainsi de s’étendre massivement en Asie et même en Afrique du Sud. Toutefois, après la seconde guerre mondiale, le Japon lui préféra bien sûr les modes de transport motorisés.

Aujourd’hui, il est cependant encore possible de se faire transporter en pousse-pousse dans certaines villes japonaises, par exemple à Kyoto dans les quartiers Arashiyama et Higashiyama !

La Tour de Tokyo

Inaugurée en 1958, la Tour de Tokyo (東京タワー) est une tour de radiodiffusion dans l’arrondissement de Minato, au sud de Tokyo. Elle culmine à 333 mètres de hauteur et se reconnaît à ses couleurs rouge et blanche.
Petite soeur de la tour Eiffel, la Tour de Tokyo la dépasse cependant en hauteur.

Elle fut conçue par Tachū Naitō (内藤 多仲), un architecte spécialisé en construction parasismique, à la demande du gouvernement japonais. La Tour de Tokyo devait alors être le symbole de la reconstruction du Japon, qui avait subit tant de dommages pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle devait aussi aller au-delà des records occidentaux ; c’est pourquoi elle dépasse la tour Eiffel de 33 mètres et pèse dix tonnes de moinsElle resta ainsi pendant plus de cinquante ans la plus haute tour du Japon, avant d’être dépassée en 2012 par la Tokyo Skytree (東京スカイツリー), qui s’élève à 634 mètres de hauteur.

La Tour de Tokyo brille la nuit et selon les saisons et selon les événements. Elle s’illumine en orange l’hiver et en blanc l’été.  Tous les samedis, la Tour de Tokyo s’illumine de son « voile de diamant » (ダイヤモンドヴェール), ornée de 276 lumières de sept couleurs différentes, chacune symbolisant un message :

Blanc : l’Éternité et la Succession

Jaune : l’Espoir et la Célébration

Turquoise : la Terre et la Paix

Rose : le Rêve et le Bonheur

Bleu : l’Eau et la Vie

Vert : la Nature et l’Environnement

Rouge : l’Amour et la Gratitude.

Hon’ami Kōetsu : Le Léonard de Vinci Japonais

Né à Kyoto, Honami Koetsu était un artiste pluridisciplinaire :  artisan, un calligraphe, un peintre, un éditeur, un jardinier et un fabricant de masques No.

Il a laissé de nombreux chefs-d’œuvre dans toutes les disciplines artistiques. Dans le monde de la calligraphie, Honami est considéré comme l’un des trois grands calligraphes de l’ère Kanei. Il est le fondateur du style Koetsu.

La famille Honami était une famille d’entrepreneur de haut rang. Réputée pour son savoir-faire dans la fabrication de sabres depuis l’époque d’Ashikaga Takauji, ils ont servi la cour impériale ainsi que Tokugawa Ieyasu et Oda Nobunaga, leur principal patron était Maeda Toshiie.

Dès son plus jeune âge Koetsu maîtrisait les techniques de nombreux métiers, notamment le travail du bois, le travail des métaux, la laque, l’artisanat du cuir, la teinture, le tissage, la nacre, la fabrication des colliers et des gaines pour les épées.

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Les origines du quartier Takagamine à Kyoto

Les origines du quartier Takagamine au nord ouest de Kyoto.

En 1615 au Japon, le calligraphe Hon’ami Kōetsu fonde un village  au nord-nord-ouest de Kyoto dans un lieu appelé Takagamine

Cet endroit lui avait été donné par Tokugawa Ieyasu et Hon’ami Kōetsu y rassemble une importante communauté artistique .

Lui et le peintre Sōtatsu réalisent des rouleaux enluminés qui comptent parmi les plus belles œuvres de la peinture japonaise.

Nous ne savons pas si l’octroi de cette terre était un don généreux, ou en réalité une forme d’exil. Quoi qu’il en soit, c’est là que Hon’ami élabore son style de peinture unique, qui préfigure l’école Rimpa.

Ce lieu de retraite s’appelle Taikyo-an, et il sert de lieu de prière et de méditation, au-delà de son rôle comme colonie d’artistes.

Un certain nombre de noms importants s’y rendent en visite, y compris l’historien Hayashi Razan. Après la mort de Kōetsu en 1637, la colonie est démantelée et la terre est rendue au shogun par Hon’ami Kōho, le petit-fils de Kōetsu.

Cet article est lié au Japonisme, à Hon’ami Kōetsu, à l’école Rimpa, au MokuHanga, à l’Ukiyo-e.